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CPCA : Interview d’André Leclerc, président de la CPCA

« la part oublié du PIB, c’est le bénévolat »

Lors de sa venue à Nantes dans le cadre d’une audition du CESER, le Canard Social (média en ligne spécialisé sur l’actualité du secteur social de la région Pays de la Loire) a interviewé André Leclercq, président de la CPCA.

Le Canard Social : Dans quel contexte s’est créée la CPCA et pour quelles raisons ?

André Leclercq  : Elle est née en 1992 d’une volonté des présidents de coordinations des différents secteurs associatifs de s’organiser et de discuter entre associations : quel que soit le secteur d’activité, on partage tous une même identité. En 1983, le gouvernement Mauroy avait créé le Conseil national de la vie associative qui offrait une consultation plus qu’une concertation des structures. On a souhaité avec cette Conférence que les décisions soient davantage adaptées aux besoins du terrain.

LCS : Quelles sont les principales préoccupations des associations aujourd’hui ?

André Leclercq : Nos modes de financement, d’abord. On a conscience de vivre une période de difficultés économiques. Mais on ne veut pas que les associations jouent le rôle de variable d’ajustement. Car la part oubliée du PIB, c’est le bénévolat. Le chiffre d’affaires aujourd’hui des associations est de 65 milliards d’euros, moitié fonds privés, moitié fonds publics, la plus grosse part venant des collectivités locales et un peu de l’Etat.

LCS : Vous constatez des baisses de subventions ?

André Leclercq  : La part des fonds privés et des collectivités territoriales augmente au détriment de celle de l’Etat. Et aujourd’hui, par exemple, c’est au niveau européen qu’on réduit de 75% les fonds du Programme européen d’aides aux démunis (PEAD). Mais il y a toujours 4 millions de pauvres : on en fait quoi ? Si les associations n’ont plus les moyens de s’en occuper, les services publics vont devoir prendre le relais. Ça va coûter très cher à la collectivité. Les questions qui en découlent sont multiples : combien coûte la paix sociale dans un pays, à combien relève la part associative dans la politique de la ville ou dans la dimension éducative des citoyens.

LCS : Vous avez le sentiment d’être mal considéré ?

André Leclercq : Oui, il faut améliorer le dialogue civil. On veut être respecté pour être efficace. On nous rabâche qu’on consomme des subventions. Mais nos actions génèrent de l’activité économique. Or, on constate que le discours sur les « assistés » est très présent. Mais s’il existe un assistanat dans ce pays, il est auprès des riches, pas des pauvres. Et si les associations ont une part de financement publique, c’est parce qu’elles sont au service de l’intérêt général, avec une mission de service public et des actions d’utilité sociale. On est aujourd’hui dans une société de défiance, où l’on dresse les riches contre les pauvres, où l’on recrée une société de rentiers. On veut à l’inverse construire une société de confiance et être un rempart contre les extrêmes. Sans quoi les émeutes vont repartir.

LCS : Quelle est votre force ?

André Leclercq : Notre capital est humain et non financier. Je représente la première entreprise sociale de France. Quatorze millions de personnes sont bénévoles en France. Notre puissance de frappe représente plus de 2 millions d’emplois à temps plein.

LCS : Qu’attendez-vous du gouvernement ?

André Leclercq  : Il faut trouver ensemble les moyens de pérenniser le financement des associations. On souhaite que le gouvernement s’engage davantage sur des projets avec des conventions pluri-annuelles d’objectifs. On ne peut pas remettre en cause les financements chaque année. Il faut les consolider et trouver de nouveaux moyens de se financer, travailler ensemble, secteurs privés et publics, et faire en sorte que le million d’association existant soit le plus productif possible.

LCS : Et qu’en est-il des contrats aidés ?

André Leclercq : Depuis le mois d’octobre, de plus en plus de contrats aidés ne sont plus payés par l’Etat. On nous demande de créer de l’emploi et lorsqu’on le crée, l’Etat nous lâche en cours de route.

LCS : L’élection présidentielle approche. Comment allez-vous occuper le terrain ?

André Leclercq : On va se pencher sur cette question. On souhaite organiser des manifestations : par exemple, une journée nationale avec les candidats pour qu’ils puissent nous donner leur vision des choses. Et créer un dialogue sincère.

LCS : Comment comptez-vous faire entendre votre voix ?

André Leclercq : On doit continuer à structurer notre mouvement. La région est sans doute la meilleure articulation pour porter des projets de pays. On a grandi, on veut maintenant franchir une étape. Et chercher à accueillir davantage. On rassemble 600 000 associations sur un million. On veut ouvrir la porte à tous. En 2012, il y aura une nouvelle structure. Mon objectif est de livrer une CPCA rénovée l’an prochain. On a mandaté un cabinet pour travailler à une réforme de la gouvernance, plus lisible. Il faut que nos CPCA régionales montent en puissance sinon l’articulation ne se fera pas.

Propos recueillis par David Prochasson

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